Avant de commencer, je me dois de vous avertir de mon état de fatigue particulièrement avancé : je suis complètement lessivée, après de nuits ultra-courtes entre mercredi et dimanche... Je n'ai pas encore récupéré, j'ai des cernes monstrueuses, je ne garantis donc absolument pas la cohérence de ce billet. Bref, accrochez-vous.
Mardi 12 juin 2007 : je suis comme d'habitude installée devant mon pc, dans mon état désormais rituelle de larve comateuse. Mon téléphone à l'étage au-dessus, inadmissible pour quelqu'un qui attend avidement qu'on lui téléphone pour lui dire « j'ai du boulot pour vous ! ».
16h, je commence à décoller de mon écran, je dois passer la soirée chez Milo. Evidemment, n'ayant plus mon pc sous la main, je me précipite vers mon 2ème jouet d'addiction : mon téléphone. Un appel en absence. Numéro que je ne connais pas, mais qui commence par 01 40. Là, mon coeur accélère. Bon, bien sûr, j'essaie de ne pas m'emballer, parce qu'évidemment, ça peut être une réponse à une candidature comme un appel d'une connaissance, de ma cousine depuis son boulot, bref. C'est donc en tremblant que j'appelle mon répondeur pour connaître l'identité de mon mystérieux correspondant. Bingo ! En réponse à l'une de mes candidatures (annonce anonyme de l'anpe) : on ne me dit rien, mais on me demande de rappeler rapidement. Heureusement, le coup de fil ne date que d'une petite demi-heure, la secrétaire percute donc tout de suite dès que je me présente. Elle m'annonce alors que je dois me présenter vendredi 15 juin à 15h pour passer un test. Bien évidemment, j'accepte, et je raccroche sans trop oser y croire... Mon 1er entretien... enfin, « test »...
Jeudi 14 juin 2007 : 13h30, je regarde ma boîte mail, alors que je suis passablement énervée par la machine à coudre qui refuse de faire ce pour quoi elle est payée (?), m'obligeant à tout recommencer x fois. Mais en lisant le mail, j'oublie instantanément cette foutue robe non achevée alors que je dois la porter deux jours après.
« Nous souhaiterions vous rencontrer demain [vendredi 15, donc] à 15h ».
Là, je ne sais plus si je dois rire ou pleurer. Je n'ai pas eu un seul entretien depuis 8 mois et demi que je prospecte, et j'en ai 2 le même jour à la même heure, à une période à laquelle je suis débordée... Il est 14h : ma robe doit être finie vendredi soir, j'ai deux entretiens qui se profilent le lendemain, et Milo doit passer la soirée chez moi. Miam, ça s'annonce bien.
Je prends les choses l'une après l'autre : dans le mail, on m'incite à proposer un nouvel horaire si celui annoncé ne me convient pas. Je renvoie donc un mail pour dire que je préfèrerais dans la matinée, 9h30 ou 10h.
Comme de juste, je suis sur des charbons ardents en attendant que le mail de réponse me parvienne, je suis donc incapable de me remettre à ma robe. La réponse n'arrivant qu'à 16h, je perds 2h d'un temps déjà très étriqué.
Suite à ce mail, je décide d'aller à la gare de suite afin d'acheter mon billet pour le lendemain.
J'arrive à la gare (j'ai failli écrire « la poste », mais gare ou poste, c'est un guichet, même combat) à 16h45. Milo doit débarquer vers 17h30, mon timing est donc plutôt serré.
Comble de malchance, ma bonne humeur s'évapore très vite.
La police contrôle devant la gare, et j'ai donc droit au tout premier contrôle de ma jeune carrière. Je mets le temps (je suis en plein dans le cliché du sac de fille) mais je trouve mes papiers, que je donne donc au jeune policier qui me les réclame. J'attends patiemment, et quand il revient, il me dit :
« Dites, le contrôle n'est pas fait ! »
Je le regarde d'un air ahuri et m'écrie avec une bonne foi absolument pas feinte que j'avais totalement oublié que j'avais ce contrôle à faire, et ce, depuis le 4 avril. Il me croit (apparemment) et me dit qu'il ne me verbalise pas, mais me demande de m'en occuper. Là, j'ai envie de tuer le garagiste, qui avait ma voiture il y a 3 semaines et qui n'a pas été fichu de voir ça ! Oui, moi aussi j'aurais dû le savoir, mais lui, qui photocopie ma carte grise (pour rien ?), c'est son job ! (L'histoire de ma rancune contre mon garagiste, c'est encore une autre histoire, faut que j'en change).
Ensuite, en entrant dans la gare, un sombre individu est en train de négocier pour échanger son billet (il s'est trompé de date parce que voyez-vous, d'habitude il est en déplacement le jeudi, il n'a donc pas fait attention que cette fois-ci c'était un vendredi. Maudit soit-il.) : il cherche donc le billet miracle qui lui permettrait de partir à l'heure qu'il veut, pour un prix minimal, avec un trajet direct et en seconde classe. Ben oui pépère, mais un billet de TGV vers Chambéry pris la veille au soir... 25 minutes de pourparlers (et vu la tête de la dame qui attendait avant moi, il devait y être bien avant les 25 minutes auxquelles j'ai assitées) plus tard, il repart avec un billet 1ère classe trop cher et trop tôt, et sans avoir été remboursé de l'autre. Et se paie le luxe de demander à la guichetière les horaires d'ouverture de son guichet qui sont écrits pile sous son nez. Je pense qu'il a senti qu'il était à deux doigts de finir égorgé, parce qu'il est enfin parti.
La dame devant moi passe à son tour, pendant que je surveille du coin de l'oeil une petite mamie arrivée bien après moi (depuis 5 minutes, en fait) et qui s'est accoudée au guichet au lieu d'aller au bout de la file... J'avais bien raison, parce que dès que mon tour arrive, elle me passe devant. Non vraiment, ce n'était pas le moment. Encore, elle m'aurait demandé. Ca m'aurait saoûlée, clairement. Mais j'aurais accepté parce que malgré tout, je suis quelqu'un de civilisé. Sauf que là, on est dans la jungle (la gare), et qu'elle se comporte comme une sauvage. Et ben moi aussi. J'avance et lui dis « j'étais là avant, c'est mon tour », avec mon super regard qui tue.
Elle me regarde complètement offusquée (ah ces jeunes, aucun respect !) et me sort « ah ben mes billets j'irai les acheter demain j'imagine ! »... Euh... non mais t'es gentille hein, déjà tu viens acheter tes billets à 17h alors que tu as passé toute ta journée à espionner les passants à la fenêtre, et en plus tu grattes tout le monde alors qu'on vient de poireauter une demi-heure ! Par ailleurs, il fait une chaleur supportable et tous les sièges sont libres, ta vie n'est donc pas en danger. Merde hein ! Le respect, ça marche aussi pour les + de 60 ans ! J'ai fait la queue, moi, et je suis pressée, même à 24 ans. J'ai donc enfin pu acheter mon billet, tandis que cette charmante dame s'asseyait sur un siège et se mettait à ronchonner.
Il est 17h25 bien sonnées. Je peux enfin remonter en voiture et rentrer.
Milo n'est pas arrivée, il a dû sortir plus tard, je me remets donc à ma robe, la soirée passe, et bla, et bla, et bla.
On en arrive donc à ce fameux
vendredi 15 juin 2007
Je dors très mal, le coeur qui bat à 100 à l'heure, qui me réveille toutes les 2 heures, et évidemment, à 6h10 alors que le réveil va sonner 20 minutes plus tard. Je prends également de plein fouet le fait que j'ai rêvé de Doudou-Chat cette nuit-là, pour la première fois depuis sa mort. 9 mois après, ça me tue encore, et j'aurai envie de pleurer chaque fois que je vais y repenser dans la journée. Mais j'étais tellement bien pendant ce rêve... Puis je me dis que c'est un signe, la journée ne peut que bien se passer, si Doudou a pris la peine de venir me câliner... Oui, je suis superstitieuse, mais seulement quand ça me laisse espérer. Jamais pour le négatif.
Je me prépare donc, j'avale mon café qui ne me fait aucun effet, et je pars. Sans autoradio (mon auto-radio tout neuf, j'suis amoureuse) parce que ça ne me dit rien de me trimballer la façade dans un quartier que je ne connais pas.
Arrivée à la gare, je vois tous ces gens, j'ai toutes ces odeurs familières qui m'assaillent, et ce sentiment de recul : j'ai perdu l'habitude de prendre le train, je déteste ça, je veux rentrer. Même chose sur le quai, arrivée à Paris. Malheureusement, ce n'est pas la Sorbonne qui est au bout de mon chemin, mais une personne qui va juger de mes capacités et m'examiner pour savoir si je peux lui être utile. J'ai peur. Pour me donner du courage, je me répète en boucle « salaire – Milo – chats - indépendance ». Ca a l'air de marcher, ma respiration se fait plus normale. Je retrouve vite mes vieilles habitudes, les slaloms entre les gens, éviter ces foutues clopes que les gens ne peuvent s'empêcher d'allumer sitôt descendus du train, esquiver les valises (ces foutues valises roulantes qu'on traîne derrière soi sans voir qu'on fauche les gens) et les abrutis qui me marchent sur les talons.
Nouvel accès de nostalgie quand j'arrive au RER A : non, je ne le prends pas pour aller à Nanterre (là où je bossais pour mon mémoire de maîtrise), mais à un entretien... L'heure est grave les gens, j'en suis à regretter cette maudite année de recherche, à errer des journées entières dans une bibliothèque sans parler à personne).
J'arrive donc à la bonne station de métro (un changement plus tard), et je me trouve en plein 16ème. Je me sens plouc, là... Les gens sont super bien habillés, on dirait que les voitures trop petites, sales, bruyantes ou familiales ont été bannies de ce quartier : ici, on roule en grosse berline... Je ne suis pas shoes-addict (si je pouvais, je vivrais pieds nus), et j'en suis ravie en passant devant des enseignes dont les prix auraient tous été à 4 chiffres si on parlait encore en francs...
J'en arrive devant l'immeuble dans lequel j'ai rendez-vous. A l'intérieur, de beaux parquets, des dorures, des sculptures, des tapis, des miroirs, c'est... très 16ème. Je me demande quel tête noble a vécu dans ces murs...
On me fait patienter un petit quart d'heure sur un canapé en cuir avant de me recevoir. La jeune femme qui m'accueille est plutôt jeune, la trentaine, enceinte jusqu'aux yeux, et paraît sympathique. Elle me parle du poste comme s'il était déjà mien, et j'ai l'impression que je suis la seule candidate retenue : a priori, parce que j'habite pas loin du trou paumé où se passe le job... Ce boulot, parlons-en : de la rédaction de contenu internet. Une mission commencée en octobre dernier, laissée en plan en février parce que les commanditaires étaient indisponibles. C'est avec eux que je devrai traiter, obtenir absolument leurs validations pour publier les articles sur leur site internet... On me dit clairement que si je plais à la femme, ça ira. Sinon... tant pis pour moi. Le domaine professionnel ne m'intéresse que moyennement : pas vraiment glamour. Du tout. Mais bon : une mission d'initiatives, de responsabilités, et payée correctement.
Quand elle aborde le salaire, elle me dit « au vu de votre peu d'expérience, le maximum que je peux vous accorder, c'est 2000 brut ». Je n'en espérais pas tant... Le bémol : une mission courte, un mois et demi, deux maximum.
Elle a considéré que j'ai accepté quand je me décide à briser son élan, lui demandant si j'ai droit à un délai de réflexion. Devant son air interloqué, je me vois obligée de lui avouer que j'ai un second entretien l'après-midi, pour un poste longue durée... Elle a l'air de comprendre, et me donne jusqu'à mardi. Elle me précise même qu'après cette mission, si je l'accepte et la mène au bout, elle serait amenée à avoir besoin d'une rédactrice pour les newsletter de sa propre boîte...
Je sors donc de là plutôt ravie de la tournure des événements. Je dois rencontrer mes futurs patrons, mais elle m'a assuré qu'il n'y aurait pas de problème. Et comme je sais que je « passe bien », je ne m'en fais pas trop. Puis de toutes manières, c'est moi ou personne apparemment...
En sortant de là, j'envoie un SMS à Simonie que je dois retrouver pour déjeuner, afin de changer encore une fois notre lieu de rendez-vous... Etant donné qu'il est 11h, et qu'elle n'arrive sur Paris qu'une demi-heure après. J'en profite pour passer à la Sorbonne chercher mon diplôme de l'an dernier.
Je retrouve en suite Simonie (enfin, Simonie me trouve) et nous nous mettons en quête d'un endroit où déjeuner. Elle me propose Italien, forcément, je ne vais pas dire non. Après moultes tergiversations, des milliers de km de marche, on atterit derrière notre point de rdv dans un petit « resto » correct. Je prends une pizza, l'appétit même pas coupé par Simonie qui compare ses gnocchis à des larves.
Je vous épargne tout le blabla qui accompagne ce repas fort sympathique au demeurant. Au milieu de celui-ci, je reçois un SMS de Siruss nous souhaitant bon appétit. Simonie regarde avidement son téléphone à la recherche de « son » SMS, qu'elle ne trouve pas, son teint vire au vert, elle annonce qu'elle est jalouse : Siruss, va falloir te rattraper.
On quitte notre cantine vers 13h30, et Simonie décide d'aller déposer son dossier. Comme je suis plutôt en avance puisque je n'ai rdv qu'à 15h, je me propose de l'accompagner, puis quand je jugerai que j'ai assez temporisé, je me déciderai à y aller et me jetterai dans la première bouche de métro que je croiserai.
Sauf qu'à 14h15, je commence à avoir le feu aux fesses – hem, merci de ne pas comprendre cette expression ambiguë dans le mauvais sens... Et évidemment, pas de bouche de métro à proximité, la vie est mal faite. Je finis par en trouver une, et en voyant mon plan de métro, je réalise que je n'ai au moins 2 changements, avec au passage l'ignoble traversée de tapis roulants de la non moins ignoble station Montparnasse, que je ne connais pas le quartier, et que j'ai un sens de l'orientation plutôt contestable.
A suivre...